Raismes. La voiture d’une femme enceinte percutée par un chauffard ivre

Temps de lecture : 5 minutes

Ce 26 octobre, après avoir consommé alcool et protoxyde d’azote, un Vieux-Condéen a pris le volant et roulé à tombeau ouvert pour fuir la police. Jusqu’à provoquer un accident, à Raismes, en percutant une voiture. À l’intérieur, une jeune femme enceinte de cinq mois.

Image d’illustration par Rico Löb de Pixabay


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Un trentenaire au casier chargé

Avec 14 mentions sur son casier depuis 2015, dont de nombreux délits routiers, Sofian* avait tout intérêt à se tenir à carreau. “Avant, j’avais pas de permis, pas d’assurance, maintenant je suis en règle”, tente de se justifier le trentenaire, dans le box des prévenus pour son passage en comparution immédiate, ce 29 octobre. Placé de ses six mois jusqu’à ses dix-huit ans, il est père de deux très jeunes enfants et indique être en cours de création d’entreprise… dans le dépannage automobile.

Le 26 octobre, vers 1h, il circulait à bord de son Audi, rue Henri-Durre, à Raismes, quand il a croisé une patrouille. Les policiers affirment l’avoir vu consommer un ballon de protoxyde d’azote, tout en roulant à vive allure. Alors, ils ont entrepris de le contrôler. Sauf que Sofian a préféré éteindre ses phares, accélérer, brûler des feux, prendre un rond-point à contresens pour s’engager dans la rue Jean-Jaurès. Là, il a percuté une 207 qui arrivait dans sa direction et qui n’a pu l’éviter. Les policiers n’ont eu aucun mal à le cueillir à l’intérieur de l’Audi.

Dans l’autre véhicule, le couple s’en tire avec une grosse frayeur et des douleurs aux cervicales, à la main, et au ventre pour la future maman, à cause de la ceinture qui lui a sans doute sauvé la vie. Le fœtus ne semble pas avoir souffert, mais il faudra le surveiller avec encore plus d’attention jusqu’au terme.

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De la difficulté d’assumer de tels faits

Lors de ses auditions, Sofian s’est réfugié dans le déni, affirmant que c’était un certain “Anthony”, dont il ignore le nom, qui conduisait. La petite quantité de cannabis trouvée dans sa poche aurait été placée là par les policiers qui lui auraient en plus volé de l’argent et se seraient montrés violents avec lui.

C’était bien moi, le conducteur”, reconnaît-il pourtant devant le président Barry, lors de son passage en comparution immédiate. “Encore maintenant, je ne me souviens de rien du début de ma soirée jusqu’à mon arrivée à l’hôpital. […] J’ai bu deux ou trois verres, mais je venais de faire trente heures de route […] J’ai fait de la merde, c’est mal, j’aurais pu tuer des gens.” Le prévenu maintient cependant une partie de ses déclarations à l’encontre des policiers : 

— J’avais 300 euros, il m’en restait 50. Est-ce que ce sont les policiers ou le gars de la fourrière ? Je n’en sais rien.

— Ou vos copains dans la soirée ? tente le président Barry.

— Je ne crois pas… J’en sais rien.

Idem pour le cannabis, il assure avoir arrêté d’en consommer depuis longtemps. “Si c’est prouvé, je le ferai virer, ce policier”, réagit le président Barry. Quant au refus de se soumettre au dépistage toxicologique et alcoologique, Sofian assure avoir accepté et avoir été prélevé dans ce but à l’hôpital.

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Seize mois de prison ferme avec maintien en détention requis

Ils sont encore extrêmement choqués”, plaide l’avocate des deux victimes qui revenaient d’une soirée à Bruxelles et qui ne se trouvaient plus qu’à cinq minutes de leur domicile. Comme ils allaient passer sur un dos d’âne, le conducteur de 19 ans avait bien ralenti avant le choc, et heureusement.Le geste de mettre un coup de volant les a peut-être sauvés”, ajoute leur conseil avant de réclamer un renvoi aux intérêts civils et une provision de 1000 euros pour chacun de ses clients.

Je suis assez frustrée par cette audience”, indique la substitut Boutaba lors de ses réquisitions, face à un prévenu qui s’était tenu tranquille pendant trois ou quatre années avant ces faits. Et qui a même fondé une famille. À son encontre, elle requiert une peine de 16 mois de prison avec maintien en détention. La magistrate réclame également l’annulation du permis avec une interdiction de le repasser pendant 1 an, suivie d’une interdiction de conduire tout véhicule non muni d’un système “AED” pendant une autre année.

« C’est nous qui la créons, la récidive »

Il sait que votre tribunal va prononcer une peine ferme. Il y est résigné”, plaide maître Jean-Philippe Broyart, pour Sofian, “la peur a aggravé la situation. […] C’est irrationnel, comme comportement. Il le sait qu’il sera rattrapé”, poursuit-il à propos des faits.

Comme à son habitude, l’avocat s’est éloigné du dossier pour évoquer la situation judiciaire et carcérale : “ça ne contribue pas à éviter la récidive, l’emprisonnement. C’est pourquoi je préfère la mixité [une peine ferme suivie d’une peine avec sursis, NDLM]”. Et de poursuivre sur la sévérité des juges : “Depuis à peu près cinq ans, la justice cogne de plus en plus”. Maître Broyart indique ne pas être contre cette sévérité, mais seulement si les maisons d’arrêt aident les détenus à se réinsérer : “c’est nous qui la créons, la récidive”. Et de souligner le taux de 40% de récidive après un séjour en prison que mentionne un rapport de la Cour des comptes, en 2023. Maître Broyart exhorte les juges à “résister” au “populisme pénal” voulu par certains médias, politiques, et une partie de l’opinion publique : “c’est dingue de voir comment la justice perd pied”.

Revenant au dossier, il plaide pour une peine aménageable : “on peut aussi l’assigner à domicile. C’est bien plus salvateur pour éviter la récidive.

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Dix-huit mois de prison, dont six avec sursis

Le tribunal fixe la peine à 18 mois de prison, dont 6, avec sursis probatoire assorti d’ obligations de soins et d’indemniser les victimes. Les juges constatent l’annulation du permis de Sofian et lui interdit de conduire un véhicule non muni d’un système EAD pendant un an. Le préjudice exact des parties civiles sera fixé lors d’une audience civile. Dans l’attente, le tribunal leur alloue déjà une provision de 800 euros pour la dame, et 400 euros pour son compagnon. Votre casier a beaucoup joué”, commente le président Barry, qui n’a cependant pas prononcé de maintien en détention.


* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


Les chiffres de la délinquance à Raismes.


Des questions par rapport à votre consommation d’alcool ou celle de vos proches ?


Un problème de dépendance ? L’association GREID peut vous aider.

Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.

Plus d’infos sur https://www.justice.fr/je-suis-victime


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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