Aubigny-au-Bac. Huit mois ferme pour avoir tenté de corrompre une fillette de 12 ans sur Instagram

Temps de lecture : 4 minutes

Ce 24 mars, le tribunal correctionnel de Valenciennes a condamné Cédric*, un habitant de Bruay-sur-Escaut, pour tentative de corruption de mineur. Les faits remontent au 2 février 2020 : via Instagram, cet homme alors âgé de 32 ans s’en est pris à Jade*, une fillette de 12 ans, en lui mentant sur son âge, en lui adressant des propositions sexuelles et en la menaçant. Il ignorait que c’était la mère de la gamine qui avait les yeux rivés sur l’écran.

Image d’illustration par Ulrike Mai de Pixabay


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C’est la mère qui lisait les messages

Le 2 février 2020, Cédric* se glisse dans la messagerie Instagram de Jade*, 12 ans. Il lui fait croire qu’il en a 17. Il en a en réalité 32. Très vite, les messages prennent un tour sexuel : « Est-ce que tu aimes le sexe, toi ? » Il réclame des photos de sa poitrine. Et quand son interlocutrice ne répond pas dans le sens souhaité, les menaces arrivent : « Vas-y et je vais te salir comme jamais », lui promet-il, menaçant de diffuser son numéro « sur tous les sites ».

Ce qu’il ne sait pas, c’est que c’est la mère de la fillette qui lit ses messages et lui répond.

« Je préfère pas parler »

À l’audience, Cédric* n’a guère cherché à s’expliquer. Agacé, visiblement mal à l’aise, il s’est retranché derrière la même formule à plusieurs reprises : « Je préfère pas parler. » Il a néanmoins reconnu les faits lors de ses auditions.

Son casier judiciaire comporte quatre mentions. L’une d’entre elles retient particulièrement l’attention des magistrats : en 2022, il a déjà été condamné pour des faits similaires commis également en 2020, juste après ceux jugés ce 24 mars. Il avait alors écopé de deux ans et demi de prison, dont un an et demi avec sursis probatoire. Ce sursis a depuis été révoqué — il ne respectait pas ses obligations et ne se présentait pas à ses convocations — et il a dû purger dix-huit mois de détention à compter de février 2025. Il est sorti de prison le 6 mars dernier, soit moins de trois semaines avant l’audience.

« Vous traquez systématiquement des gamines »

Face à ce profil, la présidente Gosteau a manifesté son inquiétude : « À un moment se pose la question de savoir si vous n’avez pas des tendances pédophiles, parce que vous traquez systématiquement des gamines. » Réponse laconique de l’intéressé : « J’ai jamais été attiré par les gamines. » Il a par ailleurs indiqué ne plus posséder de téléphone, assurant que c’est désormais sa femme qui gère les appels.

« Je voulais protéger ma fille et d’autres petites filles »

La mère de Jade* a pris la parole à la barre. « C’est quand même une personne dérangée. Je voulais protéger ma fille et d’autres petites filles », a-t-elle expliqué, précisant qu’elle ne s’attendait pas à ce que sa plainte aboutisse. Sa fille n’ayant pas subi de préjudice direct, elle a formulé une demande de dommages et intérêts en son nom propre, à hauteur de 1 500 euros.

Une classe dans la salle d’audience

La représentante du parquet s’est félicitée de la présence d’une classe venue assister à l’audience : les élèves ont ainsi pu voir, de leurs propres yeux, le genre d’individu avec lequel on peut se retrouver confronté sur les réseaux sociaux. À l’encontre du prévenu, elle a requis dix mois de prison ferme, une interdiction d’exercer toute activité en lien avec des mineurs pendant cinq ans, ainsi qu’une nouvelle inscription au FIJAIS.

La défense plaide la confusion de peine

Maître Buguet est revenu sur la précédente affaire, qui impliquait sept ou huit victimes. Il a plaidé la confusion de peine, au moins partielle, avec cette condamnation antérieure, soulignant qu’aucun nouveau fait n’est venu s’y ajouter depuis. Il a également mis en avant le fait que son client est reconnu invalide à 80 % par la MDPH.

Huit mois ferme, avec une confusion de peine partielle

Le tribunal a requalifié les faits en tentative de corruption de mineur et condamné Cédric* à huit mois de prison ferme, assortis d’une confusion de quatre mois avec la condamnation antérieure. Il lui est également interdit d’exercer toute activité en lien avec des mineurs pendant dix ans, et il devra indemniser la mère de la victime à hauteur de 1 000 euros. Le tribunal a enfin prononcé une peine complémentaire plus rare : la suspension de son compte et de son accès en ligne pendant six mois (voir encadré).


📌 ENCADRÉ — La suspension de l’accès en ligne : de quoi s’agit-il ?

La suspension de l’accès à des services de communication en ligne est une peine complémentaire prévue par le Code pénal, applicable notamment lorsque l’infraction a été commise via internet sur un mineur. Le tribunal peut ordonner, pour une durée déterminée, la suspension du ou des comptes de l’intéressé sur les réseaux sociaux, voire de son accès à internet. Cette mesure, encore peu courante dans les prétoires, vise à couper concrètement l’accès au terrain de chasse numérique des prédateurs en ligne. Dans ce dossier, elle a été prononcée pour une durée de six mois.


* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources :


Les chiffres de la délinquance à Aubigny-au-Bac.


La plateforme pour signaler en ligne des faits de cyberharcèlement.

Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.

Plus d’infos sur https://www.justice.fr/je-suis-victime


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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