Denain. Un quadra piégé par des gendarmes qui se sont fait passer pour une fillette
Un Denaisien qui fréquentait le tristement célèbre site « coco » a tenu des propos « obscènes » auprès d’une fille qui lui a indiqué d’emblée avoir treize ans. En réalité, derrière le profil de la fillette se cachait un gendarme. Le quadra a été jugé ce 27 mai 2024 en comparution immédiate.

Le contexte
Avec sa barbe poivre et sel, son sweat à capuche noir, Stéphane* a l’air hagard dans le box des prévenus. Séparé de longue date de la mère de ses quatre enfants, il a été reconnu handicapé et souffre d’idées suicidaires. Il a cependant une compagne depuis six mois. De sa voix rauque, Stéphane explique qu’il passe l’essentiel de ses journées avachi devant sa télé, étant dans l’incapacité de travailler, sauf quand il reçoit ses enfants, suivis par la justice pour les droits de visite.
Les faits
C’est dans ce contexte que les 11 et 12 décembre derniers, il se connecte au site « coco » qui faisait polémique depuis plusieurs années. Là, il entame la discussion avec une fillette qui lui indique dès le départ avoir treize ans, elle lui envoie même une photo très réaliste. L’homme lui tient des propos obscènes et lui propose de venir chez lui. Sauf qu’en réalité, il s’agissait d’un gendarme chargé de piéger les pédophiles sur ce type de sites. Stéphane a donc été jugé, en comparution immédiate, ce 27 mai.
« C’était pour passer le temps, pour parler. J’y ai pas cru, je savais que c’était un homme derrière », s’est défendu le quadra lors de son procès, devant un groupe de proches venu le soutenir. « Toutes les personnes à qui j’ai parlé, c’étaient des faux profils », a-t-il insisté. Quand la substitut Chopin lui demande comment il réagirait si un homme de son âge parlait à sa fille de douze ans, Stéphane s’agace : « Je serais hors de moi. Moi, ma fille, c’est la prunelle de mes yeux, elle ne va pas sur Internet ».
Les débats
Lors de ses réquisitions, la magistrate a rappelé que ce site a encore fait parler de lui récemment avec le meurtre commis à Grande-Synthe. « Il y a de vrais enfants sur ce site, et il y a aussi des prédateurs », a-t-elle poursuivi, « bien sûr qu’il faut faire fermer ce site ». (C’est d’ailleurs ce qui a fini par arriver quelques semaines plus tard) Elle a néanmoins remarqué que le psychiatre n’avait pas décelé chez le prévenu « d’attirance particulière pour les enfants ». La magistrate a requis une peine de dix-huit mois de prison, dont douze avec sursis probatoire en plus de la révocation d’un précédent sursis de six mois.
« Coco est la plaie actuelle des juridictions françaises », a abondé Me Legrand, qui a appuyé sur les difficultés physiques et psychologiques de son client : « pour moi, il a besoin de soins et pas de détention ».
Le délibéré
Le tribunal a prononcé la peine de seize mois, dont douze avec sursis probatoire assorti d’obligations de soins. Le sursis de six mois a également été révoqué, mais il pourra purger la partie ferme sous la forme d’un bracelet électronique. Il lui est, enfin, interdit d’exercer toute activité en lien avec des mineurs pendant cinq ans et il a été inscrit au FIJAIS. Le président Ott lui a, en outre, indiqué que sa condamnation risque d’avoir des conséquences sur ses droits de visite auprès de ses enfants.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
En 2020, dans la zone police qui comprend Denain et quarante-cinq autres communes (pour un total de 300 000 habitants), 111 cas de harcèlement et agressions sexuelles sur mineurs ont été dénombrés, en plus de 77 cas de viols sur mineurs. (Source: https://www.linternaute.com/actualite/delinquance/denain/ville-59172/violence#agressions-sexuelles-denain)





