Onnaing. Un Libyen condamné pour avoir importé 2000 gélules de « la drogue du pauvre »
En situation irrégulière, le jeune homme écope de cinq mois de prison avec maintien en détention, ainsi que 5000 euros d’amende qui correspondent à la valeur des marchandises saisies.

En situation irrégulière, il travaille comme peintre et sur les marchés
Plutôt grand, mince, avec des cheveux courts et noirs, Mohamed* explique que « la France, c’est le pays qui [lui] plaît. » C’est son père, qui lui a suggéré de quitter la Libye pour venir ici, ce qu’il a fait il y a maintenant six ans, résidant à Bagnolet. À vingt-deux ans, il se trouve toujours en situation irrégulière, avec une obligation de quitter le territoire. Il subvient pourtant à ses besoins en travaillant comme peintre et sur les marchés. « J’ai vu ma mère mourir devant moi, j’ai vu des choses horribles », a-t-il indiqué, dans le box des prévenus. Son casier porte deux condamnations.
Les faits
Le 22 juillet, il a été contrôlé par les douanes dans un véhicule qui circulait sur l’A2 depuis Bruxelles jusqu’à Paris. Dans son sac, il avait entreposé 2000 gélules d’un médicament prescrit pour les problèmes d’épilepsie. Mohamed explique que c’était pour son usage et celui de trois autres personnes, afin de soigner son stress. Il affirme avoir payé les gélules 400 euros. « C’est un prix imbattable », réagit la présidente Goutas qui indique que les produits peuvent se revendre 2,50 euros l’unité, ce qui fait une valeur totale de 5000 euros. « Je ne savais pas que c’était interdit », s’est défendu le prévenu, « c’est mon traitement habituel ».
Les débats
« C’est considéré comme la drogue du pauvre » a expliqué la substitute Dalbera, « il y a un vrai enjeu de santé publique ». « Je pense que personne ici n’a idée de ce que monsieur a vécu », a concédé la magistrate, tout en relevant que sa situation irrégulière empêche toute alternative à la détention. C’est pourquoi elle a requis une peine de huit mois de prison avec maintien en détention.
Maître Dominguez a plaidé la relaxe après avoir relevé que la loi avait changé en fin d’année dernière. Il a donc estimé que le médicament en question peut être transporté sur le territoire sans autorisation particulière. Selon l’avocat, il n’y a par ailleurs rien d’anormal que son client ait besoin de soigner son stress avec les traumatismes subis dans le parcours de celui-ci. « C’est pas un trafiquant, c’est quelqu’un qui fait les marchés pour subvenir à ses besoins », a conclu maître Dominguez, estimant que la peine requise est de toute façon « excessive ».
Le délibéré
Le tribunal a fixé la peine à cinq mois de prison avec maintien en détention en plus d’une amende de 5000 euros.
* prénom(s) d’emprunt
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
Ressources
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