Onnaing. Une famille terrorisée et des policiers choqués par un trentenaire suicidaire et armé

Temps de lecture : 4 minutes

Ce 12 février, un homme s’est introduit dans le jardin de son ex, à Onnaing, avec une arme à feu, pour embrasser sa fille et aller se suicider plus loin, selon lui. Les policiers qui ont dû intervenir ont vu l’arme pointée sur eux. L’Onnaingeois a été jugé ce 18 février.

Image d’illustration par Brett Hondow de Pixabay

Il avait annoncé vouloir commettre « une dinguerie »

Grand, brun, avec une barbe et une doudoune noire, Pierre-Olivier* se montre agité lors de son jugement en comparution immédiate, ce 18 février après-midi. Le 4 septembre dernier, déjà, il a été condamné pour une longue série de violences à l’encontre de son ex et de ses proches à un total de vingt-six mois de prison dont seize avec sursis probatoire. Et le retrait de l’exercice de l’autorité parentale sur sa fille de deux ans. Le 5 décembre, Pierre-Olivier est sorti de détention et le 12 février, son ex a dû de nouveau contacter la police, ayant été avisée par un tiers que le trentenaire voulait commettre “une dinguerie”.

Un équipage s’est donc rendu sur les lieux pour procéder à une “sécurisation pédestre du domicile”. Là, les policiers ont découvert un bout de grillage plié et, derrière l’abri de jardin, Pierre-Olivier, accroupi, un pistolet à la main. Le trentenaire l’a pointé vers sa tempe mais le coup n’est pas parti. Il l’a dirigé vers les fonctionnaires, a retenté sa chance, mais l’arme était heureusement enrayée. Les policiers sont parvenus à le maîtriser, mais non sans devoir lui porter plusieurs coups de bâtons télescopiques.

Lors de ses auditions, Pierre-Olivier a indiqué avoir pris une trentaine de cachets avant de se rendre chez son ex, avec l’intention d’embrasser une dernière fois sa fillette pour ensuite aller se suicider dans un champ à proximité.

Incapable de se remettre en question

“Si j’avais voulu tuer madame, je l’aurais fait”, se défend le prévenu face au tribunal, larmoyant et répétant son intention de mettre fin à ses jours. La présidente Pequignot l’interroge sur sa précédente condamnation et Pierre-Olivier renvoie la faute sur son ex : “Du jour au lendemain, elle n’a pas voulu me montrer ma fille. Je suis allé devant chez elle, il y avait du monde, j’ai tiré en l’air”

“A deux reprises, en moins d’un an, son ex se présente chez elle avec une arme”, résume la présidente pour le faire réagir, “est-ce que vous pensez que vous vous comportez comme un bon père de famille ?” Mais le prévenu renvoie une fois de plus la responsabilité sur sa victime ou sur la justice qui aurait dû lui interdire de paraître à Onnaing, selon lui. La psychologue qui l’a expertisé mentionne une incapacité à se remettre en question.

Une « mise en scène shakespearienne » ?

Pour la victime, maître Burkhardt enfonce le clou et le compare à Caliméro. “Monsieur ne cherche qu’une chose : atteindre madame”, assure l’avocat qui parle de “chantage au suicide”. Il parle également d’une “mise en scène shakespearienne” et réclame un total de 2800 euros pour sa cliente.

Maître Deplanque, de son côté, loue “une opération de police remarquablement menée” : “ils auraient pu faire usage de leurs armes”. Ses clients précisent par ailleurs qu’ils auraient aimé être informés au préalable que le suspect était armé pour pouvoir procéder de façon plus prudente. Leur avocat soulève que cette même équipe a récemment été victime d’un refus d’obtempérer au cours duquel l’un d’eux s’est fait envoler. “Pour un salaire de misère”, insiste maître Deplanque qui réclame un total de 2300 euros pour chacun de ses trois clients.

« Il utilise les armes à feu comme des jouets »

“Il est dans la théâtralisation de son mal-être”, estime la substitut Laroyenne : “on est dans un schéma classique, il n’accepte pas la séparation”. “Il utilise les armes à feu comme des jouets”, insiste la magistrate qui présente Pierre-Olivier comme un manipulateur. Quant à l’absence d’information des fonctionnaires concernant l’arme à feu : “je le déplore et le regrette. J’espère que ça ne se reproduira pas”. Elle requiert deux ans de prison avec maintien en détention, la révocation du précédent sursis à hauteur de six mois et l’interdiction de détenir une arme pendant quinze ans. 

Pierre-Louis doit se faire sortir de la salle. Révolté contre ces réquisitions, il s’est mis à vociférer.

“Le drame a été évité de peu”, reconnaît maître Dejardin qui appuie sur l’ “état de détresse” de son client. “Je n’ai même pas d’examen psychiatrique [dans ce dossier NDLR], vous ne croyez pas qu’il en avait besoin ?” insiste-t-il avant de plaider pour une nouvelle peine mixte.

Trente mois de prison ferme

Le tribunal valide néanmoins les réquisitions du parquet et porte les dommages et intérêts à un total de 2300 euros pour madame et 1300 euros pour chaque policier.

* prénom(s) d’emprunt

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


Les chiffres de la délinquance à Onnaing.


3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.


La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.


Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114.


Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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