Quarouble. “Il suffisait qu’une chose le contrarie pour qu’il passe ses nerfs sur moi”

Temps de lecture : 4 minutes

Le tribunal a condamné un trentenaire ce 4 avril pour des années de violences à l’encontre de sa compagne, à Quarouble. Des faits qu’il conteste alors que les tensions semblent toujours bien présentes entre les deux parties.

Image d’illustration par Diana Cibotari de Pixabay
Des années de violences physiques

Des cheveux châtain foncé rasés, une veste sans manche, Jordan* se présente à la barre pour répondre de faits qui s’étalent entre novembre 2021 et mai 2024, à Quarouble. Il s’exprime d’une voix à peine audible pour répondre aux questions de la présidente. Son ex, Juliette*, se trouve derrière lui, attendant son tour. Elle lui reproche de lui avoir asséné des coups de poing, de l’avoir étranglée, d’avoir porté des coups dans les murs de leur habitation… Selon Juliette, les violences ont débuté quand elle s’est vue diagnostiquer son cancer.

Au départ, pourtant, elle ne souhaitait pas déposer plainte, mais simplement signaler à la police son départ dans le sud avec leurs deux enfants de neuf et six ans. Les policiers ont cependant voulu en savoir plus sur la situation familiale et elle a tout révélé. Elle leur aura même parlé de rapports sexuels forcés qui n’ont néanmoins pas été poursuivis. Les fonctionnaires ont relevé des trous dans les murs, bien que rebouchés, et une porte dégondée. Ils ont aussi constaté des marques de coups sur des photos montrées par Juliette, mais qu’elle n’a pas souhaité joindre au dossier.

Des enfants en détresse

De leur côté, les enfants confirment les déclarations de leur mère. Le plus âgé affirme avoir vu son père l’étrangler quand il avait six ans. Chaque fois qu’il entendait une dispute, il mettait un casque sur les oreilles de son petit frère pour le préserver. L’administratrice qui a rencontré les enfants évoque des “signes de détresse” et indique qu’ils sont soulagés d’avoir été séparés de leur père.

Le prévenu conteste et a déposé plainte pour harcèlement

“Sauf que ça n’est jamais arrivé”, réagit Jordan qui reconnaît juste avoir frappé les murs, “pour moi, ils ont été influencés”. Le trentenaire a lui aussi déposé plainte contre son ex, pour harcèlement. Juliette se présente à la barre pour lui répondre, énervée : “j’ai été diagnostiquée d’un cancer de l’utérus dû aux infidélités de monsieur”. Et elle réitère ses déclarations : “il suffisait qu’une chose le contrarie pour qu’il passe ses nerfs sur moi”.

Chef d’équipe dans l’automobile, Jordan n’a jamais été condamné jusque-là.

Pour Juliette, maître Delplanque réclame un euro de dommages et intérêts : “c’est une affaire de principe et de dignité humaine”. “J’ai froid dans le dos quand je vois le fonctionnement de cette famille”, commente l’avocat.

“Les enfants ont été traumatisés”, estime maître Dubois, l’avocat du département pour le compte des deux enfants. Comme la maman n’avait, au départ, pas souhaité déposer plainte, la justice a fait le choix de désigner un administrateur ad hoc pour les représenter, estimant qu’ils ont été au moins indirectement victimes de ces violences. L’avocat réclame 3000 euros pour chacun d’eux et 1200 euros pour ses frais, ainsi que ceux du département.

“Malgré tous les éléments à charge, il conteste”, déplore la représentante du parquet qui requiert vingt mois de prison dont dix avec sursis probatoire pendant trois ans, ainsi que le retrait de l’exercice de l’autorité parentale.

« Une manipulatrice de première main », selon la défense

“Madame le procureur, vous êtes tombé dans le piège que la victime vous a tendu”, plaide maître Dominguez, extrêmement offensif à l’encontre de Juliette : “vous avez affaire à une manipulatrice de première main !”. Pour lui, Juliette veut simplement évincer Jordan de la vie de leurs enfants. “On a voulu faire passer monsieur pour un violeur”, poursuit l’avocat qui n’hésite pas à citer le contenu de messages intimes écrits par la victime et, selon lui, “dignes d’une prose de Rocco Siffredi”. Maître Dominguez réclame donc la relaxe, ou, à tout le moins, de “largement modérer” les réquisitions du parquet.

Un an de prison avec sursis probatoire et retrait de l’exercice de l’autorité parentale

Le tribunal fixe la sanction à un an de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, assorti d’obligations de soins, de travailler, d’indemniser les victimes, ainsi que d’interdictions de contact et de paraître à leur domicile, avec exécution provisoire. “Nous n’avons pas assez de garanties que vos enfants sont prêts à vous voir”, commente la présidente pour justifier l’interdiction de contact à leur égard, et pour indiquer à Jordan qu’il va devoir faire ses preuves devant le JAF. D’autant que l’exercice de l’autorité parentale lui a également été retirée. Il devra verser 1 euro à son ex et 800 euros pour chacun de ses enfants, en plus d’un total de 1200 euros comme réclamé par leur avocat.

A l’issue du procès, il y a eu une altercation verbale entre une proche de Juliette et une proche de Jordan.

* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Les chiffres de la délinquance à Quarouble.


3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.


La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.


Le site de L’Enfant bleu dédié aux maltraitances infantiles.


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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