Onnaing. Interpellés avec 94 500 euros de tabac de contrebande, ils échappent à l’incarcération 

Temps de lecture : 3 minutes

Deux réfugiés ont été interceptés à Onnaing alors qu’ils revenaient de Belgique ce 9 juin avec 140 kilos de cigarettes dans leur véhicule. Les deux hommes ont été condamnés le lendemain, en comparution immédiate.

Devanture du tribunal judiciaire de Valenciennes, situé au 6 rue des dentelières, le 10 juin 2026.

Venus d’Afghanistan en 2019 et 2020, les deux prévenus doivent être assistés d’un interprète lors de leur passage en comparution immédiate, ce mercredi 10 juin. À peine quelques heures plus tôt, ils étaient encore à Bruxelles, dans le quartier rouge, à profiter des services de prostituées, d’après leurs déclarations. Loin de s’imaginer qu’à leur passage à la frontière, au niveau d’Onnaing, ils se feraient interpeller par la douane et juger dans la foulée.

Pourtant, dans leur véhicule, se trouvaient quatorze cartons qui recelaient chacun cinquante cartouches de cigarettes. Soit un total de 94 500 euros de marchandise. Avec peine, ils essaient d’expliquer qu’une vague connaissance leur avait proposé 200 ou 250 euros chacun pour ramener des objets d’ameublement depuis Lille jusqu’en région parisienne, où les deux prévenus résident. Tous deux assurent et répètent qu’ils ignoraient que les cartons contenaient des cigarettes. « Si j’avais su qu’il y avait des mauvaises choses dans mon véhicule, comme des cigarettes, je l’aurais brûlé », affirme Ramin*, tout en nuances.

L’ombre d’un doute sur le scénario des prévenus

Problème : le bornage de leur téléphone, à l’aller, montre qu’ils ne sont pas passés par Lille pour atteindre la Belgique. Et leur séjour dans le quartier rouge s’est avéré plutôt court pour une simple visite charnelle de Bruxelles.

Le président Barry se demande également pourquoi accepter une telle mission si les trentenaires n’ont pas de problèmes d’argent. En effet, Ramin bénéficie d’allocations de retour à l’emploi après avoir travaillé plusieurs années dans une commune, et son comparse, Azamat*, travaille dans un restaurant en CDI. D’autant que le premier a déjà été condamné pour des faits similaires en décembre 2023, au contraire de son compagnon au casier vierge.

« Comment est-il possible de ne pas se demander ce qu’on transporte ? », s’interroge la représentante du parquet, « ils se moquent de nous ». Pour elle, pas de doute : les deux prévenus ont chargé leur véhicule de cigarettes de contrebande en Belgique, et pas à Lille. C’est pourquoi elle requiert pour Ramin une peine totale de dix mois de prison avec incarcération immédiate, et huit mois de prison avec sursis pour Azamat, le primo-délinquant. Le parquet réclame aussi une amende douanière de 94 500 euros, à payer solidairement, ainsi qu’une interdiction de paraître dans la région pendant deux ans.

La défense plaide la bonne insertion et la méconnaissance du secteur

En défense, Maître Grave fait remarquer que les deux hommes ont parlé de Lille simplement parce que c’est la seule ville qu’ils connaissent dans le secteur, n’ayant jamais entendu parler de Valenciennes ou de Cambrai. L’avocate regrette au passage que les enquêteurs n’aient pas vérifié les adresses dans les applications GPS des smartphones.

Surtout, elle a appuyé, tout comme sa consœur Maître Sarah Glapiak pour Azamat, sur l’insertion professionnelle de son client, qui doit passer un entretien pour un nouveau travail la semaine suivante. Les deux avocates ont réclamé au tribunal des peines d’avertissement, associées à une amende réduite.

Le verdict : une clémence du tribunal sur la prison et l’amende

Le tribunal s’est montré sensible à ces arguments de réinsertion. Ramin est condamné à douze mois de prison, mais sans mandat de dépôt : il pourra bénéficier d’un aménagement de peine s’il montre des garanties suffisantes. Son comparse, Azamat, s’en tire avec dix mois de prison avec sursis simple.

En revanche, tous deux ont désormais l’interdiction de paraître dans les Hauts-de-France pendant trois ans, et le véhicule de Ramin est confisqué. Quant à l’amende douanière, une fois n’est pas coutume, les juges ont consenti à la réduire significativement : elle passe à 10 000 euros à payer solidairement, avec une pénalité supplémentaire de 5 000 euros pour Ramin.

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⚖️ Délai légal : Les personnes condamnées disposent d’un délai de dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal. Tout prévenu non condamné définitivement reste présumé innocent.

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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