Denain. Elle dépose plainte pour dégradations de sa voiture après avoir percuté deux personnes

Temps de lecture : 3 minutes

Cette jeune infirmière a renversé et blessé deux dames sur un passage piéton en plein centre de Denain, le 8 septembre 2021. Au lieu de s’arrêter et de leur porter secours, elle a préféré continuer sa route et… les accuser d’avoir dégradé sa voiture, peu après. Elle était défendue par maître Lhussiez.

Panneau d'entrée de ville de Denain

Une infirmière libérale de 27 ans sans antécédents

Plutôt petite, les cheveux longs, châtains, Thaïs* porte des lunettes et un haut vert, à la barre du tribunal ce 27 août. Elle a désormais vingt-sept ans et exerce comme infirmière depuis 2020, en libérale depuis 2023. Célibataire, sans enfants, son casier est encore vierge, mais elle a déjà perdu quelques points à cause d’excès de vitesse.

Les faits

Il faut remonter au 8 septembre 2021 en fin de journée. Rue Villars, en plein centre de Denain et le long de la ligne de tram, Corinne* traverse un passage piéton, accompagnée de sa belle-fille Lætitia*. Thaïs, éblouie par le soleil, ne les voit qu’au moment de l’impact. Percutée, Corinne souffre d’une luxation de l’épaule, d’une entorse de la cheville et d’hématomes, avec une ITT fixée à 21 jours. Thaïs bascule sur un poteau avec le choc, ce qui lui vaut un traumatisme crânien et une ITT de 8 jours. Thaïs ne s’arrête pas, mais la scène et la plaque sont filmées par les caméras de vidéosurveillance.

La jeune femme s’est pourtant présentée le 14 septembre, non pour se dénoncer, mais au contraire pour porter plainte contre ses deux victimes pour la dégradation de son véhicule. Une plainte qu’elle a réitérée le 8 octobre. Elle n’est revenue sur ses déclarations qu’après avoir visionné les images de vidéosurveillance.

« Vous avez causé un accident et vous êtes partie comme une malpropre »

« J’ai été choquée par rapport à la situation, je suis restée bloquée », explique Thaïs lors de son jugement, ce 27 août, « je les ai vues juste au moment de les percuter ». Elle indique également avoir découvert l’appel à témoin pour la retrouver après l’accident, sur les réseaux sociaux. « Les propos tenus étaient vraiment violents alors j’ai eu peur de prendre contact avec eux », se justifie l’infirmière. « Vous auriez pu les laisser pour mortes. Elles auraient pu se vider de leur sang », s’agace la présidente Gosteau, « vous avez causé un accident et vous êtes partie comme une malpropre. En termes de décence, ça se pose là ».

Les débats

« Un accident de la route, ça arrive à tout le monde, malheureusement », plaide maître Babouri pour la mineure et son papa, « ce qui est inadmissible, c’est de partir : souvent les secondes comptent » pour sauver une vie.

« Quand on conduit, on a une arme entre les mains », rappelle l’auditeur de justice qui représente le parquet. Celui-ci ne sait pas « où on en serait », s’il n’y avait pas eu la vidéosurveillance. Il requiert une peine de 24 mois de prison avec sursis simple en plus d’un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Cependant, comme il n’y a plus eu de nouveaux faits depuis et que Thaïs est « parfaitement insérée », il demande au tribunal de ne pas prononcer l’annulation du permis et de ne pas confisquer le véhicule, tous deux nécessaires pour que la jeune femme puisse continuer à exercer.

« elle est terrorisée »

« C’est une femme qui a choisi de vouer sa carrière à sauver des vies », plaide maître Lhussiez, pour Thaïs. « Elle panique tout simplement parce que c’est une jeune femme qui n’a pas l’habitude de commettre des infractions, de blesser des gens », poursuit l’avocate, « elle est tétanisée ». « C’est la vidéosurveillance qui lui permet de prendre conscience de la réalité des choses », dit-elle encore, « aujourd’hui, elle est complètement recroquevillée sur elle-même, elle est terrorisée ». L’avocate demande au tribunal de suivre les réquisitions : « demain, si elle perd son permis, son véhicule, elle ne peut plus soigner des gens. Elle a eu une conduite exemplaire depuis trois années ».

Le délibéré

Le tribunal fixe pourtant la sanction à 10 mois de prison avec sursis simple en plus de la suspension du permis pendant huit mois. La Mégane est également confisquée.


* prénom(s) d’emprunt

Ressources


Les chiffres de la délinquance à Denain.


Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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