Valenciennois. Un prof quinquagénaire échangeait des « nudes » avec une mineure
L’enseignant l’a séduite sur les réseaux sociaux avant de l’inciter à échanger des photos et vidéos à caractère sexuel courant 2023. Il a été condamné ce 27 août à une peine avec sursis probatoire. La victime était représentée par maître Burckhardt et le prévenu par maître Hoffmann.

Il enseignait depuis 30 ans dans le même lycée
Jean-Marie* présente un début de calvitie sur ses cheveux grisonnants. À la barre, il se tient droit comme un i, dans une chemise claire à carreaux, les mains dans le dos comme un militaire. Il a 59 ans, est marié avec des enfants. Son casier ne comporte aucune condamnation et il exerce depuis 30 ans dans le même établissement. En parallèle, Jean-Marie encadre un club sportif. Il lui reste trois ans avant la retraite, mais depuis les faits, il a été suspendu de ses fonctions et encourt une lourde sanction disciplinaire, en plus de la condamnation. L’expert qui l’a rencontré parle d’une « tendance à la victimisation » et d’une incapacité à se remettre en question. Jean-Marie se fait suivre par un psy depuis les faits, avec qui il dit travailler sur son « narcissisme ».
De son côté, Manon* a désormais 19 ans et elle fait très jeune, comme le relève le représentant du parquet.
Les faits
Tout part d’un signalement d’une amie de Manon au lycée où elles étudiaient toutes les deux, et où exerçait Jean-Marie. Devant le CPE, Manon confirme avoir échangé des photos et vidéos de nature sexuelle avec Jean-Marie : la police est donc contactée.
Depuis le covid et le confinement, les enseignants se sont mis à utiliser les réseaux sociaux pour conserver le lien avec leurs élèves, leur donner devoirs et leçons. C’est comme ça que Jean-Marie explique s’être mis sur Instagram et en relation avec de nombreux ados. Et en voyant le profil de Manon, il a décidé de la suivre et de commenter ses photos avec des petits cœurs. L’enseignant a aussi répondu à une « story » de l’adolescente, qui avait alors dix-sept ans, pour noter son physique et glisser quelques compliments. Manon a un passé douloureux, ayant notamment vécu des abus sexuels. Elle est « flattée ». Il lui envoie une photo de son sexe en érection sur Snapchat, elle lui envoie des « nudes » et des vidéos d’elle.
« On dirait que c’est vous qui êtes victime »
« J’étais persuadé qu’elle était majeure. […] Elle était en terminale », explique Jean-Marie à la barre, « elle m’a proposé de montrer des photos et j’ai accepté ». « J’ai été flatté parce que je prends de l’âge, et c’est une jeune femme », se justifie le quinqua, mais « très vite, je me rends compte que je suis dans une grosse faute, mais je suis coincé ». « On dirait que c’est vous qui êtes victime », réagit la juge, « c’est vous qui êtes en demande avec plusieurs anciennes élèves ». « J’ai tort, je le sais, mais c’est pas mon but de faire du mal », répond Jean-Marie.
« Ça commence, elle est en première », intervient la présidente Gosteau, « à aucun moment, vous ne mettez le filtre de l’interdit. Elle vous vouvoie parce que vous êtes enseignant, vous la tutoyez. Vous lui demandez de supprimer ses messages ». La présidente finit par montrer son agacement face aux explications du prévenu : « que vous essayiez de noyer le poisson comme ça, je trouve que c’est assez inquiétant ».
« Si j’étais pédophile, il y a longtemps que ce serait ressorti »
« Sur les réseaux sociaux, vous n’êtes pas en face de la personne. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est une jeune fille », poursuit encore Jean-Marie qui se met à pleurer quand la présidente lance le mot « pédophilie ». « Si j’étais pédophile, il y a longtemps que ce serait ressorti », répond le quinqua. L’expert qui l’a rencontré estime qu’il y a un risque important de récidive.
Les débats
Pour Manon, maître Burckhardt note que Jean-Marie a pleuré quand il a été question de pédophilie, mais qu’il n’a versé aucune larme pour sa victime. « Elle lui a accordé sa confiance parce qu’il est enseignant », poursuit l’avocat, « il essaie de romantiser les choses en parlant de “conversations interdites” ». Et de recadrer les débats : « la personne qui devait poser les limites, c’est monsieur ». « Elle n’a plus remis les pieds au lycée, elle est déscolarisée », déplore maître Burckhardt, « elle n’a plus du tout confiance en l’adulte », hormis dans son « cercle proche ». L’avocat réclame un total de 3000 euros en dédommagement.
« Monsieur ne semble pas tout comprendre », avance l’auditeur de justice qui représente le ministère public. Celui-ci explique par ailleurs que le consentement de la victime n’entre pas en ligne de compte sur ce type d’infraction. Cependant, Jean-Marie ne pouvait pas ignorer l’âge de Manon, estime le magistrat. Ce dernier requiert une peine de 30 mois de prison avec sursis probatoire pendant 2 ans assorti d’obligations de soins et d’indemniser la victime, ainsi que d’interdiction de contact et d’exercer toute activité en lien avec des mineurs pendant 10 ans.
« C’est quelqu’un qui refuse de vieillir, qui n’accepte pas son âge »
« Oui, effectivement, c’est dégoûtant, mais à un moment donné, il faut prendre du recul », plaide maître Hoffmann, « la pédophilie, je crois qu’on est très loin de ça ». Elle souligne qu’il s’agit d’« un prof extrêmement apprécié, initialement soutenu par sa hiérarchie avant que celle-ci n’engage une procédure disciplinaire ». L’avocate parle également de vidéos MYM pour lesquelles son client payait un abonnement et qui proposent également un contenu de nature sexuelle, à ceci près qu’il s’agit de travailleuses du sexe, rémunérées et normalement majeures. « Peut-être qu’il n’y a qu’un pas entre ces vidéos et celles de [Manon] ».
« Il n’a absolument rien d’un pervers », poursuit maître Hoffmann, « c’est quelqu’un qui ne veut pas vieillir, qui n’accepte pas son âge ». « Il n’est pas responsable de toutes les horreurs qu’elle a subies dans sa vie », termine l’avocate qui demande à réduire les dommages et intérêts, à réduire le quantum de la peine et la durée de l’interdiction pour les activités.
Le délibéré
Le tribunal fixe la peine à 18 mois de prison avec sursis probatoire pendant 3 ans, avec obligations de soins et d’indemniser la victime. Il lui sera en outre interdit d’entrer en contact avec elle et d’exercer toute activité en lien avec des mineurs pendant 5 ans. Le nom de Jean-Marie sera inscrit au FIJAIS. Il devra, enfin, indemniser Manon pour un total de 2800 euros.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





