Denaisis. Un ancien prof de tennis condamné pour agressions sexuelles sur quatre élèves d’une dizaine d’années
Quatre jeunes femmes se trouvaient ce 6 février sur le banc des parties civiles pour avoir été victimes de gestes jugés “abjects” par le parquet, alors qu’elles avaient entre huit et douze ans. A la barre, le “papy du club de tennis” a contesté, mais le tribunal l’a condamné à dix-huit mois de prison en plus d’un suivi socio-judiciaire.

« Le papy du club de tennis »
Cheveux blancs très courts, blouson bleu, lunettes, Jean-Marie* n’a jamais été condamné par la justice et profite de sa retraite, malgré quelques problèmes de santé. Entre 2010 et 2015, il enseignait le tennis à des enfants dans son club du Denaisis. On parlait de lui comme “le papy du club de tennis”. Mais en juin 2022, deux de ses anciennes élèves ont déposé plainte après avoir évoqué cette période et compris qu’elles avaient toutes deux subi des agressions sexuelles à cette époque, quand elles avaient à peine une dizaine d’années.
“Il s’arrangeait toujours pour me toucher, pour avoir la main où il ne faut pas. […] Quand il nous montrait des positions au tennis, il me collait”, explique la première. “Il était très tactile, mais toujours avec les filles”, abonde la seconde, “je sens encore son sexe dans mon dos”. Sa petite sœur, elle aussi ancienne élève, dénonce le même mode opératoire à son encontre. “Même si ça me mettait mal à l’aise, je pensais que c’était normal”, indique une quatrième victime, tandis qu’une cinquième confirme, mais sans vouloir déposer plainte.
Des photos de jeunes femmes nues sur l’ordinateur du septuagénaire
La présidente rappelle qu’il a déjà été poursuivi, mais relaxé, pour des faits similaires dans un institut médico-éducatif. Elle indique par ailleurs que dans l’ordinateur du septuagénaire, des photos de jeunes filles nues, peut-être mineures, ont été découvertes par les enquêteurs. Certaines avec un sexe dessiné au niveau du visage. On y trouve aussi la tête d’une ancienne élève qui a été plaquée sur un corps dénudé.
Pourtant, Jean-Marie conteste. “A cette époque là, j’enseignais comme ça. Ça a évolué, depuis”, se défend Jean-Marie. “C’est un peu facile”, lui répond la présidente Gosteau. “C’était pour montrer le geste technique”, insiste le prévenu. Derrière lui, plusieurs victimes pleurent. “Vous avez une attirance pour les jeunes filles ?”, demande le tribunal. Réponse : “Pas plus que ça”. Le psychiatre qui a expertisé Jean-Marie évoque une “tendance nette à dévier le sujet”, des “traits de nature perverse” et un “manque d’empathie”. L’avocat des victimes, maître Frère, tente d’obtenir une explication et lui demande à quoi ça lui sert, les photos de jeunes filles, sur son ordinateur: “j’ai fait ça comme ça”.
« Si on avait pris le temps d’interroger tout le monde, je suis sûr qu’il y aurait plus de victimes sur le banc des parties civiles »
“J’ai trois victimes qui sont en pleurs et une qui est tétanisée”, soulève maître Frère, “si on avait pris le temps d’interroger tout le monde, je suis sûr qu’il y aurait plus de victimes sur le banc des parties civiles”. L’avocat indique par ailleurs les conséquences de ces agressions sur ses clientes : hypervigilance, blocages… Il réclame donc un total de 3800 euros pour chacune d’elles.
“Ces faits, ils sont abjects. On abuse de son autorité”, martèle la représentante du ministère public, “on le voyait comme le papy entraîneur de tennis”. La magistrate requiert quatre ans de prison dont deux avec sursis probatoire pendant deux ans et l’interdiction d’exercer toute activité qui le mettrait en lien avec des mineurs.
« Il y a des choses qui ont été mal vécues, mais il n’y avait pas d’intention »
Maître Tiabou Tiomela présente Jean-Marie comme “un homme qui a du mal à s’exprimer”. Pour l’avocate, “il y a des choses qui ont été mal vécues, mais il n’y avait pas d’intention” et elle trouve donc les réquisitions du parquet “extrêmement lourdes”.
Dix-huit mois de prison ferme et un suivi socio-judiciaire pendant trois ans
Le tribunal fixe la condamnation à dix-huit mois de prison ferme en plus de trois ans de suivi socio-judiciaire assorti d’obligations de soins et d’indemniser les victimes, ainsi que d’une interdiction d’entrer en contact avec elles. La sanction en cas de manquement a été fixée à un an de prison supplémentaire. Il lui est également interdit d’exercer toute activité qui le mettrait en lien avec des mineurs de façon définitive et il a été inscrit au FIJAIS.
Enfin, il devra indemniser les victimes à hauteur du montant réclamé par maître Frère.
“Mesdemoiselles, permettez moi de vous le dire : soyez fières de vous”, conclut la présidente Gosteau en direction des victimes.
* prénom(s) d’emprunt
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





