Lourches. Condamné à du sursis probatoire pour avoir secoué son bébé

Temps de lecture : 5 minutes

Le tribunal a condamné, ce 9 octobre, un papa qui assure ne pas savoir comment son bébé a pu être secoué… alors qu’il était seul avec lui, dans le logement familial, à Lourches.

Image par Ben Kerckx de Pixabay

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Dix mois d’hospitalisation

Brun, avec une légère barbe et une paire de lunettes, Jordan* présente bien lors de son passage devant le tribunal correctionnel, ce 9 octobre, à l’issue d’un contrôle judiciaire qui aura duré près de 4 ans. Commercial en CDI, il est âgé de 29 ans et n’avait jamais fait parler de lui jusque-là. Il doit cependant répondre de violences avec une ITT d’un mois sur son fils qui n’était âgé que de trois mois, au moment des faits, le 25 mars 2021.

Ce jour-là, la maman part travailler tôt, laissant Noah* aux soins du papa. À son retour, elle trouve leur bébé dans un état alarmant : il pleure, vomit, a la tête ballante et ne parvient plus à les suivre du regard. Direction l’hôpital de Valenciennes où Noah subit un scanner qui dévoile un hématome cérébral. Il est transféré à Lille, avec un pronostic vital engagé. Il ne sortira de son hospitalisation qu’en janvier 2022, a priori sans séquelles physiques.

Néanmoins, l’expertise s’avère sans appel : Noah a été violemment secoué. L’experte va même jusqu’à conclure que le bébé avait déjà été secoué quelques semaines auparavant. L’enquête s’oriente vers les parents, et notamment le père, placé sous contrôle judiciaire, pendant que le petit doit être placé en famille d’accueil. Un placement toujours en cours au moment du procès.

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« Je ne m’explique pas ce qu’il s’est passé »

Pourtant, il s’agissait d’une grossesse pleinement désirée, avec des parents investis, des familles soutenantes… “Tout le monde s’accorde à dire que vous aimez votre enfant”, souligne la présidente Gosteau. “Je ne m’explique pas ce qu’il s’est passé”, réagit Jordan, qui ne conteste absolument pas l’expertise, et assure qu’il est bien resté seul avec Noah ce 25 mars 2021, mais… ne l’a jamais secoué. La présidente lui fait remarquer qu’il était en arrêt maladie pour un burn-out, avec une prescription d’antidépresseurs, qu’il devait donc être nerveusement fragile, à l’époque. Peut-être trop pour s’occuper d’un bébé. Mais Jordan répond qu’il s’agissait d’un arrêt de complaisance, pour lui permettre une réorientation professionnelle. Il avait menti aux enquêteurs de peur de se le voir reproché. Ce qui ne manque pas d’interpeller les magistrats.

À de multiples reprises, les juges, le parquet et la partie civile lui parlent du déni, de son mécanisme, qu’il a pu oublier une réalité beaucoup trop compliquée à assumer. Mais non. Jordan ne voit pas comment il aurait pu oublier, ou refouler, un événement aussi important : “j’ai toujours été clair d’esprit”. “J’espère pouvoir retrouver une vie de famille avec ma femme et mon fils, malgré les quatre années de sa vie qu’on a perdues”, souffle le jeune homme.

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Retrait de l’exercice de l’autorité parentale ?

Maître Frédéric Dartigeas intervient au soutien de Noah, pour le compte du département. “Le pire, avec le secouement, c’est que ça marche”, explique l’avocat. En effet, après avoir été secoué, le bébé semble beaucoup plus calme, mais, en réalité, ce sont ses terribles blessures qui donnent cette impression. L’avocat insiste également sur le besoin d’explications que commence à éprouver l’enfant pour comprendre les raisons qui l’ont amené à l’hôpital, puis sur ce placement qui dure depuis près de trois années. En raison du déni, maître Dartigeas se prononce pour un retrait de l’exercice de l’autorité parentale, en plus d’une provision de 10 000 euros en attendant qu’une expertise vienne chiffrer le préjudice.

Du côté du parquet, la vice-procureure Mélanie Mazingarbe appuie elle aussi sur ce déni qui pousse Jordan à parler d’une journée plus paisible que d’habitude, “quasiment sans pleurs”. Alors que l’ “évidence a tout de suite sauté aux yeux de la maman”, dès son retour. “Ce déni vient juste éviter un effondrement. Car tout s’effondre, si on reconnaît [les faits] : on perd son enfant, on perd sa femme…  » À ce propos, la magistrate regrette que “la maman ait fait le choix du couple”, plutôt que de l’enfant, ce qui a retardé le retour de celui-ci auprès d’elle. Il “va sans doute garder des séquelles psychologiques et une insécurité massive”, poursuit-elle, avant de requérir 2 ans de prison avec sursis probatoire pendant 2 ans, mais pas de retrait de l’exercice de l’autorité parentale.

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La défense plaide la relaxe

En défense, maître Denis Dejardin commence par regretter la longueur de la procédure, débutée en mars 2021. L’avocat tente, ensuite, de semer le doute dans l’esprit des juges en s’appuyant sur un rapport médical qui indique que le secouement serait survenu dans les 24h avant l’examen à l’hôpital. Selon lui, la mère, ou même la belle-mère auraient, ainsi, pu en être à l’origine. “Qui me dit qu’il n’y en a pas un qui a menti au profit de l’autre ?” L’avocat trouve d’ailleurs incompréhensible que la mère ait pu être privée de son enfant pendant toutes ces années, sans être pour autant poursuivie comme Jordan.

Dix-huit mois de sursis probatoire

Le tribunal condamne pourtant le jeune homme à 18 mois de prison avec sursis probatoire pendant 2 ans. Il devra notamment entreprendre des soins et indemniser son fils, via le département, en validant les demandes de maître Dartigeas. Le tribunal ne lui retire néanmoins pas l’exercice de l’autorité parentale, estimant que “la famille doit se reconstituer”. 


* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


Les chiffres de la délinquance à Lourches.


Le site de L’Enfant bleu dédié aux maltraitances infantiles.


Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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